_____________________________________________1er jour-14h36 New-York-Times square:
Mes talons claquent sur le bitume. Les gens se retournent sur mon passage tandis qu'un sourire satisfait étire mes lèvres. Le menton haut, je continu mon chemin. J'aime qu'on me regarde c'est vrai. Je tourne au détour d'une avenue, perdue dans mes pensées. Je me souviendrais toujours de cette journée, celle ou l'indicateur du compte à rebours s'est lancé, mais bizarrement je m'en foutais comme de l'an vingt-mille. Qu'est-ce que j'avais à perdre au fond ? Quedal, ouais. Enfin tout ça, c'était avant lui, c'était bien avant toi...Je m'installe à mon café coutumier, posant sans délicatesse mes achats enfouis dans divers sacs de couleurs. Le serveur arrive tout sourire devant moi, lui, il a le béguin. Sans même que je ne parle il me propose ma commande habituelle et j'acquiesce, accompagnant mon geste d'un simple merci.
Encore une journée banale. Je sors l'éternelle cigarette de ma veste en cuir, la porte à mes lèvres et cherche le briquet perdu encore je ne sais où. Une flopée de jurons s'échappe de ma bouche, laissant entendre ma voix légèrement éraillée par mon rythme de vie déchainé tandis que je fouille dans les sacs de marques. Bingo, je l'ai. Je relève ma tête, coince mes longs cheveux blonds derrière mon oreille droite, et allume ma clope. Première bouffée. Ca m'pourrit encore plus que je ne le suis déjà mais ça n'a pas d'importance, c'est vital pour mon bien être, et quel bien être voyez-vous. Je scrute les passants pendant que le serveur pose mon café sur la table avec fracas, pour que je daigne lever la tête vers lui. Pas de chance je ne lui adresserais aucun regard ce jour-ci, ni aucun autre jour d'ailleurs. Je ferme les yeux, appréciant la présence de ce poison dans mes poumons et du rythme de la ville dans les tympans. Je reste quelques minutes comme ça, le temps de terminer ma cigarette. Je fronce des sourcils et enchaîne une grimace en sentant mon portable vibrer dans la poche de mon slim. Soupirant d'exaspération, je le sors et vois afficher « numéro inconnu », ben tiens, je devrais être étonnée ? J'crois que mon patron ne peut rien faire sans moi.
Crève, c'est mon jour de repos. Je laisse le portable vibrer sous les appels continuels et incessants de mon interlocuteur et commence à plier bagage. Je me lève, laisse un billet de dix dollars sur la table, prends mes sacs et commence à sortir de la terrasse ensoleillée. Direction la 5ème avenue, je rentre à la maison. Je m'engage sur un passage clouté et passe sur le trottoir d'en face. C'est fou comme le regard des gens à lui seul peut être révélateur. Ils ne peuvent pas s'empêcher d'observer, de juger sur l'apparence même. Mais à vrai dire, c'est plutôt une bonne chose. Enfin je parle pour moi.
J'essaye de deviner la réaction de mes parents tiens. Je suis sûre et certaine qu'on a dû les prévenir de la grande nouvelle. Mais à vrai dire c'était vraiment une chose à laquelle je n'avais pas pensé, enfin je parle du fait qu'ils doivent apprendre ce genre de nouvelle un jour, je ne pensais pas qu'il en serait ainsi. J'vais devoir me changer les idées avec tout ça. Pendant que j'y pense, je fais quoi demain soir ? Rien je crois, en voilà une chose rare. Et ben c'est très bien, c'est l'inauguration d'une nouvelle boîte et j'ai une invitation. Ouais c'est même super, j'vais me saouler la gueule, youpi. Quelle ironie mal placée. Mais c'est parfait pour oublier, et surtout pour profiter. Carpe Diem, décidemment jamais cette citation ne m'aura été aussi vraie. C'est ce que je croyais bien sûr.
________ - « Bonne après-midi Mademoiselle Spencer ? »
Le portier de mon immeuble me lance un regard compatissant de ses vieux yeux ridés et gris. Bon dieu, ne me dites pas que tout le monde est au courant ? Je grimace et lance, hypocrite, sourire faux aux lèvres :
________ - « Oui, très Albert. Merci bien. »
Sans lui laisser le temps de répliquer je m'engage dans l'ascenseur luxueux qui s'offre devant moi. Merde, les commères vont être heureuses. J'appuie mon front contre le miroir glacé de l'engin. J'ouvre les yeux et mon reflet me lance un regard vert, froid et sans expression. En même temps, ça fait bien maintenant quelques années que mes yeux ne pétillent plus, pas de surprise. Regard qui changera par la suite avec toi...M'enfin bref, pas le temps de penser. Les portes s'ouvrent devant moi, m'offrant une vue sur un long couloir large & décoré avec excès, me ramenant bien vite à la triste réalité. Je marche lentement, appréhendant mon arrivée dans l'appartement de mes parents. Mes talons s'enfoncent mollement dans la moquette aux bordures or, comme si chaque pas essayait de me dissuader d'avancer et de me convaincre de rester planté ici. Non, je suis bien plus courageuse que ça, et puis après tout j'ai vu pire. Enfin je crois.
Mon doigt fait pression contre le bouton de la sonnette. J'appuie durement, sûrement pour me convaincre que je suis forte et que je saurais faire face. Balivernes ouais. J'entends des pas précipités derrière la lourde porte, je reconnais ma mère et ses mocassins favoris Chanel. Ses talons tintent contre le sol en carrelage de l'entrée, symphonie propre à elle-même. Un son de clés, je la devine en train de tripoter le trousseau de ses ongles fraichement manucurés. La serrure se tourne, la poignée se baisse. La porte s'ouvre à la volée, laissant apparaître ma mère, les yeux brillants de larmes.
________- « Mon bébé, oh ma chérie... » Sanglot-elle en m'entourant de ses bras protecteurs.
Etant plus grande qu'elle, je sens ses longs cheveux blonds me chatouiller le visage, leur odeur de fleur se faufiler dans mes narines. Je suis statique, je n'ose pas bouger, sentant le corps de ma mère pris de soubresauts incontrôlables. Aie. J'ai jamais été tactile, en fait je n'aime pas le contact, le fait qu'on m'touche. Et puis je suis terriblement maladroite avec les sentiments donc au plus ils sont loin de moi, au mieux je me porte. C'est d'ailleurs pour ça que par la suite j'aurais du mal avec lui. Maintenant que j'y repense, cette scène je la regrette. Je regrette que ce se soit passé ainsi avec ma mère et puis je regrette les jours qui sont venus après aussi. Enfin vous verrez bien. Je sais que je n'ai jamais été celle qu'elle voulait, d'ailleurs pardonne moi maman.
________ - « Je...J'ai besoin de rester seule un instant désolé. » Murmurais-je à son intention tandis qu'elle se décolle de moi dans un reniflement bruyant et me souffle un « Bien sûr » presque inaudible.
Je la contourne, gênée, et me rends presque en courant dans la chambre qu'on m'a attribuée. J'ai la plus grande, celle avec la baie vitrée donnant vue sur Central Park. Mais à vrai dire là j'en ai strictement rien à foutre car j'étouffe.
_____________________________________________1er jour-18h14 Paris-13ème Arrondissement
________ - « Le génome humain est unique. Grâce aux deux divisions cellulaires dû à la méiose et donc au brassage interchromosomique et intrachromosique, chacun est la preuve de l'unicité de l'espèce humaine. Sans parler de la fécondation qui grâce à son fonctionnement complexe...»
Les paroles de l'enseignant de faculté me parviennent sans que je n'y accorde de réel intérêt. Piégée dans un amphithéâtre gigantesque je lutte contre le cours assommant de notre cher professeur. La biologie. Quelle magnifique matière. Pour occuper les quelques minutes qui me séparent de la sonnerie tonitruante qui annoncera la fin du calvaire, j'observe l'assemblée d'étudiant. Certains boivent les mots de Monsieur Ramaz alors que d'autres discutent entre eux, ou jouent à des jeux puérils. Des jeunes tout simplement. L'annonce sonore de la fin du supplice retentit enfin. Je rassemble les quelques affaires que j'avais sorti, les range dans mon sac en bandoulière et file aussi vite que possible. Dans ma hâte je bouscule un jeune homme sans aucune forme de délicatesse. Je m'excuse rapidement et trottine vers la sortie. Si seulement j'avais su que ce quelqu'un ne resterait pas inconnu longtemps...
Mes pas me mènent tout droit vers mon appartement quelques rues plus loin. Sur le chemin je profite de la douceur de ce mois de mai. Les rayons du soleil caressent ma peau. Mes cheveux ébène se soulèvent au grès de la brise légère, son contact avec ma peau me fait frémir. Je ne me lasse pas de cette sensation. Jusqu'au bout elle me procurera ce petit plaisir. Les gens que je croise me dévisagent, comme toujours, avec le même regard. Celui qui vous rappelle que vous n'êtes pas comme les autres. Je suis un peu trop pâle, un peu trop maigre, la couleur de mes cheveux est un peu trop sombre, je suis un peu trop moi en fait. Leurs yeux expriment parfois de la pitié. Dans d'autres je peux lire de la compassion. Pour certains il y a parfois du dégoût. À la longue je m'y suis habituée. Je n'y fais plus réellement attention, ils m'importent peu.
Je monte les deux étages de mon vieil immeuble à pied. L'ascenseur est de nouveau en panne. Lorsque j'ouvre ma porte le grincement en émanant signale à tout l'étage que je suis rentrée. Je laisse mes chaussures sur le palier et vais m'étaler dans le canapé, exténuée. Cette journée de cours a encore été des plus inutiles. Pourquoi ai-je quitté mon ancienne fac au juste? Ah oui, virée pour non présentation à l'examen de fin d'année. Comme si j'avais préféré être où je me trouvais plutôt qu'à l'épreuve. Je n'en ai jamais voulu mais cela n'empêche pas qu'elle fait partie de moi et depuis si longtemps. Elle coule dans mon sang, dans mes veines, dans mon âme.
Perdue dans mes pensées, c'est à peine si j'entends mon frère passer le pas de la porte. De deux ans mon aîné, il travaille dans un magasin de musique. L'enseigne tend à se développer et fait fleurir des boutiques un peu partout. Je sais que secrètement il garde l'ambition d'un jour devenir le gérant du magasin où il passe le plus clair de son temps. Depuis un an nous habitons sous le même toit. Lui a quitté la maison familiale pour son travail, moi pour d'autres raisons. Il joue son rôle de grand frère à merveille, peut être un peu trop bien d'ailleurs.
________ - «Tu as passé une bonne journée?» Me dit-il, un brin enjoué.
________ - « Je l'ai passé c'est déjà ça.» Lui répondis-je morose.
Je vois ses traits se tirer, son visage s'imprègne d'une expression crispée. Je n'en fais pas cas et quitte la pièce pour me réfugier sur le balcon, qui n'est en réalité qu'une avancée de la porte fenêtre. En bas une petite fourmilière s'active. Pour la plupart des passants la préoccupation principale est de rentrer chez eux. Quelques uns traînent entre amis, d'autres encore visitent la ville. Ils ont tous un but tout comme moi, même si le mien est moins superficiel. Machinalement je sors une cigarette de son paquet, rangé dans la poche arrière de mon jean. Je n'ai même pas le temps de la porter à ma bouche que les remontrances de mon frère se font entendre du salon.
________ - « Analyn, ce n'est pas bon pour ta santé. Tu n'as pas besoin de ça.»
________ - « Tu sais quoi Georg? Oublie moi juste cinq minutes s'te plait.»
J'approche pour la seconde fois le produit défendu et l'enflamme d'un briquet. J'aspire la première bouffée. C'est celle que je préfère, en réalité c'est la seule que j'aime. Les suivantes sont trop fades, elles n'ont pas la même saveur, la même odeur.
________ - « Qu'est ce que je viens de te dire?! » S'énerve Georg en m'arrachant des doigts ma cigarette.
Il m'a empêché de finir d'inhaler ma précieuse fumée. Intérieurement je fulmine. Ne peut-il dont pas être ailleurs que sur mon dos rien qu'un bref instant? Une taff se n'est pas la mort non plus, de toute façon après je l'aurais jeté comme à chaque fois. J'ai bien deux ou trois répliques cinglantes à lui envoyer en pleine figure mais je me retiens. Il contre attaquerait à son tour pour finalement monter le ton et ruiner notre humeur à tout les deux jusqu'à la fin de la journée. Un regard noir en simple réponse suffit. La seconde d'après ma porte de chambre claque bruyamment.
Rageuse, je prends un livre qui retombe la minute suivante sur mon lit. Je suis trop en colère pour lire. Notre jeune différent n'est pas la seule cause de mon état d'énervement. Après tout Georg a en parti raison, c'est peut être ce qui me frustre le plus. J'ai tout de même le sentiment de ne plus arriver à supporter quoi que ce soit. Les cours m'ennuient, les gens m'indiffèrent, mon frère m'étouffe, et mon combat me tu. Bien triste résumé de ma petite vie. J'inspire et expire profondément dans le but de m'apaiser, le résultat escomptait n'est pas au rendez vous. Qu'importe une bonne nuit de sommeil emportera tout ça, du moins je l'espère. Il n'en reste pas moins qu'elle n'effacera pas tout. Qui le pourrait? En étant devin j'aurais pu répondre ce jour là.
Quelques heures plus tard, après avoir avaler un fruit, je me couche vannée. En temps normal je reste tard, soit à discuter avec mon frère, soit devant la télé mais ce soir je n'en ai pas vraiment envie. Dans mon lit je tourne et vire, sans trouver pour autant une position qui me convienne. Les mêmes pensées me travaillent sans cesse et m'empêcheront sûrement de passer une nuit rêvée.
_____________________________________________Simultané-Pensées Analyn & Leah:
Mes talons claquent sur le bitume. Les gens se retournent sur mon passage tandis qu'un sourire satisfait étire mes lèvres. Le menton haut, je continu mon chemin. J'aime qu'on me regarde c'est vrai. Je tourne au détour d'une avenue, perdue dans mes pensées. Je me souviendrais toujours de cette journée, celle ou l'indicateur du compte à rebours s'est lancé, mais bizarrement je m'en foutais comme de l'an vingt-mille. Qu'est-ce que j'avais à perdre au fond ? Quedal, ouais. Enfin tout ça, c'était avant lui, c'était bien avant toi...Je m'installe à mon café coutumier, posant sans délicatesse mes achats enfouis dans divers sacs de couleurs. Le serveur arrive tout sourire devant moi, lui, il a le béguin. Sans même que je ne parle il me propose ma commande habituelle et j'acquiesce, accompagnant mon geste d'un simple merci.
Encore une journée banale. Je sors l'éternelle cigarette de ma veste en cuir, la porte à mes lèvres et cherche le briquet perdu encore je ne sais où. Une flopée de jurons s'échappe de ma bouche, laissant entendre ma voix légèrement éraillée par mon rythme de vie déchainé tandis que je fouille dans les sacs de marques. Bingo, je l'ai. Je relève ma tête, coince mes longs cheveux blonds derrière mon oreille droite, et allume ma clope. Première bouffée. Ca m'pourrit encore plus que je ne le suis déjà mais ça n'a pas d'importance, c'est vital pour mon bien être, et quel bien être voyez-vous. Je scrute les passants pendant que le serveur pose mon café sur la table avec fracas, pour que je daigne lever la tête vers lui. Pas de chance je ne lui adresserais aucun regard ce jour-ci, ni aucun autre jour d'ailleurs. Je ferme les yeux, appréciant la présence de ce poison dans mes poumons et du rythme de la ville dans les tympans. Je reste quelques minutes comme ça, le temps de terminer ma cigarette. Je fronce des sourcils et enchaîne une grimace en sentant mon portable vibrer dans la poche de mon slim. Soupirant d'exaspération, je le sors et vois afficher « numéro inconnu », ben tiens, je devrais être étonnée ? J'crois que mon patron ne peut rien faire sans moi.
Crève, c'est mon jour de repos. Je laisse le portable vibrer sous les appels continuels et incessants de mon interlocuteur et commence à plier bagage. Je me lève, laisse un billet de dix dollars sur la table, prends mes sacs et commence à sortir de la terrasse ensoleillée. Direction la 5ème avenue, je rentre à la maison. Je m'engage sur un passage clouté et passe sur le trottoir d'en face. C'est fou comme le regard des gens à lui seul peut être révélateur. Ils ne peuvent pas s'empêcher d'observer, de juger sur l'apparence même. Mais à vrai dire, c'est plutôt une bonne chose. Enfin je parle pour moi.
J'essaye de deviner la réaction de mes parents tiens. Je suis sûre et certaine qu'on a dû les prévenir de la grande nouvelle. Mais à vrai dire c'était vraiment une chose à laquelle je n'avais pas pensé, enfin je parle du fait qu'ils doivent apprendre ce genre de nouvelle un jour, je ne pensais pas qu'il en serait ainsi. J'vais devoir me changer les idées avec tout ça. Pendant que j'y pense, je fais quoi demain soir ? Rien je crois, en voilà une chose rare. Et ben c'est très bien, c'est l'inauguration d'une nouvelle boîte et j'ai une invitation. Ouais c'est même super, j'vais me saouler la gueule, youpi. Quelle ironie mal placée. Mais c'est parfait pour oublier, et surtout pour profiter. Carpe Diem, décidemment jamais cette citation ne m'aura été aussi vraie. C'est ce que je croyais bien sûr.
________ - « Bonne après-midi Mademoiselle Spencer ? »
Le portier de mon immeuble me lance un regard compatissant de ses vieux yeux ridés et gris. Bon dieu, ne me dites pas que tout le monde est au courant ? Je grimace et lance, hypocrite, sourire faux aux lèvres :
________ - « Oui, très Albert. Merci bien. »
Sans lui laisser le temps de répliquer je m'engage dans l'ascenseur luxueux qui s'offre devant moi. Merde, les commères vont être heureuses. J'appuie mon front contre le miroir glacé de l'engin. J'ouvre les yeux et mon reflet me lance un regard vert, froid et sans expression. En même temps, ça fait bien maintenant quelques années que mes yeux ne pétillent plus, pas de surprise. Regard qui changera par la suite avec toi...M'enfin bref, pas le temps de penser. Les portes s'ouvrent devant moi, m'offrant une vue sur un long couloir large & décoré avec excès, me ramenant bien vite à la triste réalité. Je marche lentement, appréhendant mon arrivée dans l'appartement de mes parents. Mes talons s'enfoncent mollement dans la moquette aux bordures or, comme si chaque pas essayait de me dissuader d'avancer et de me convaincre de rester planté ici. Non, je suis bien plus courageuse que ça, et puis après tout j'ai vu pire. Enfin je crois.
Mon doigt fait pression contre le bouton de la sonnette. J'appuie durement, sûrement pour me convaincre que je suis forte et que je saurais faire face. Balivernes ouais. J'entends des pas précipités derrière la lourde porte, je reconnais ma mère et ses mocassins favoris Chanel. Ses talons tintent contre le sol en carrelage de l'entrée, symphonie propre à elle-même. Un son de clés, je la devine en train de tripoter le trousseau de ses ongles fraichement manucurés. La serrure se tourne, la poignée se baisse. La porte s'ouvre à la volée, laissant apparaître ma mère, les yeux brillants de larmes.
________- « Mon bébé, oh ma chérie... » Sanglot-elle en m'entourant de ses bras protecteurs.
Etant plus grande qu'elle, je sens ses longs cheveux blonds me chatouiller le visage, leur odeur de fleur se faufiler dans mes narines. Je suis statique, je n'ose pas bouger, sentant le corps de ma mère pris de soubresauts incontrôlables. Aie. J'ai jamais été tactile, en fait je n'aime pas le contact, le fait qu'on m'touche. Et puis je suis terriblement maladroite avec les sentiments donc au plus ils sont loin de moi, au mieux je me porte. C'est d'ailleurs pour ça que par la suite j'aurais du mal avec lui. Maintenant que j'y repense, cette scène je la regrette. Je regrette que ce se soit passé ainsi avec ma mère et puis je regrette les jours qui sont venus après aussi. Enfin vous verrez bien. Je sais que je n'ai jamais été celle qu'elle voulait, d'ailleurs pardonne moi maman.
________ - « Je...J'ai besoin de rester seule un instant désolé. » Murmurais-je à son intention tandis qu'elle se décolle de moi dans un reniflement bruyant et me souffle un « Bien sûr » presque inaudible.
Je la contourne, gênée, et me rends presque en courant dans la chambre qu'on m'a attribuée. J'ai la plus grande, celle avec la baie vitrée donnant vue sur Central Park. Mais à vrai dire là j'en ai strictement rien à foutre car j'étouffe.
_____________________________________________1er jour-18h14 Paris-13ème Arrondissement
________ - « Le génome humain est unique. Grâce aux deux divisions cellulaires dû à la méiose et donc au brassage interchromosomique et intrachromosique, chacun est la preuve de l'unicité de l'espèce humaine. Sans parler de la fécondation qui grâce à son fonctionnement complexe...»
Les paroles de l'enseignant de faculté me parviennent sans que je n'y accorde de réel intérêt. Piégée dans un amphithéâtre gigantesque je lutte contre le cours assommant de notre cher professeur. La biologie. Quelle magnifique matière. Pour occuper les quelques minutes qui me séparent de la sonnerie tonitruante qui annoncera la fin du calvaire, j'observe l'assemblée d'étudiant. Certains boivent les mots de Monsieur Ramaz alors que d'autres discutent entre eux, ou jouent à des jeux puérils. Des jeunes tout simplement. L'annonce sonore de la fin du supplice retentit enfin. Je rassemble les quelques affaires que j'avais sorti, les range dans mon sac en bandoulière et file aussi vite que possible. Dans ma hâte je bouscule un jeune homme sans aucune forme de délicatesse. Je m'excuse rapidement et trottine vers la sortie. Si seulement j'avais su que ce quelqu'un ne resterait pas inconnu longtemps...
Mes pas me mènent tout droit vers mon appartement quelques rues plus loin. Sur le chemin je profite de la douceur de ce mois de mai. Les rayons du soleil caressent ma peau. Mes cheveux ébène se soulèvent au grès de la brise légère, son contact avec ma peau me fait frémir. Je ne me lasse pas de cette sensation. Jusqu'au bout elle me procurera ce petit plaisir. Les gens que je croise me dévisagent, comme toujours, avec le même regard. Celui qui vous rappelle que vous n'êtes pas comme les autres. Je suis un peu trop pâle, un peu trop maigre, la couleur de mes cheveux est un peu trop sombre, je suis un peu trop moi en fait. Leurs yeux expriment parfois de la pitié. Dans d'autres je peux lire de la compassion. Pour certains il y a parfois du dégoût. À la longue je m'y suis habituée. Je n'y fais plus réellement attention, ils m'importent peu.
Je monte les deux étages de mon vieil immeuble à pied. L'ascenseur est de nouveau en panne. Lorsque j'ouvre ma porte le grincement en émanant signale à tout l'étage que je suis rentrée. Je laisse mes chaussures sur le palier et vais m'étaler dans le canapé, exténuée. Cette journée de cours a encore été des plus inutiles. Pourquoi ai-je quitté mon ancienne fac au juste? Ah oui, virée pour non présentation à l'examen de fin d'année. Comme si j'avais préféré être où je me trouvais plutôt qu'à l'épreuve. Je n'en ai jamais voulu mais cela n'empêche pas qu'elle fait partie de moi et depuis si longtemps. Elle coule dans mon sang, dans mes veines, dans mon âme.
Perdue dans mes pensées, c'est à peine si j'entends mon frère passer le pas de la porte. De deux ans mon aîné, il travaille dans un magasin de musique. L'enseigne tend à se développer et fait fleurir des boutiques un peu partout. Je sais que secrètement il garde l'ambition d'un jour devenir le gérant du magasin où il passe le plus clair de son temps. Depuis un an nous habitons sous le même toit. Lui a quitté la maison familiale pour son travail, moi pour d'autres raisons. Il joue son rôle de grand frère à merveille, peut être un peu trop bien d'ailleurs.
________ - «Tu as passé une bonne journée?» Me dit-il, un brin enjoué.
________ - « Je l'ai passé c'est déjà ça.» Lui répondis-je morose.
Je vois ses traits se tirer, son visage s'imprègne d'une expression crispée. Je n'en fais pas cas et quitte la pièce pour me réfugier sur le balcon, qui n'est en réalité qu'une avancée de la porte fenêtre. En bas une petite fourmilière s'active. Pour la plupart des passants la préoccupation principale est de rentrer chez eux. Quelques uns traînent entre amis, d'autres encore visitent la ville. Ils ont tous un but tout comme moi, même si le mien est moins superficiel. Machinalement je sors une cigarette de son paquet, rangé dans la poche arrière de mon jean. Je n'ai même pas le temps de la porter à ma bouche que les remontrances de mon frère se font entendre du salon.
________ - « Analyn, ce n'est pas bon pour ta santé. Tu n'as pas besoin de ça.»
________ - « Tu sais quoi Georg? Oublie moi juste cinq minutes s'te plait.»
J'approche pour la seconde fois le produit défendu et l'enflamme d'un briquet. J'aspire la première bouffée. C'est celle que je préfère, en réalité c'est la seule que j'aime. Les suivantes sont trop fades, elles n'ont pas la même saveur, la même odeur.
________ - « Qu'est ce que je viens de te dire?! » S'énerve Georg en m'arrachant des doigts ma cigarette.
Il m'a empêché de finir d'inhaler ma précieuse fumée. Intérieurement je fulmine. Ne peut-il dont pas être ailleurs que sur mon dos rien qu'un bref instant? Une taff se n'est pas la mort non plus, de toute façon après je l'aurais jeté comme à chaque fois. J'ai bien deux ou trois répliques cinglantes à lui envoyer en pleine figure mais je me retiens. Il contre attaquerait à son tour pour finalement monter le ton et ruiner notre humeur à tout les deux jusqu'à la fin de la journée. Un regard noir en simple réponse suffit. La seconde d'après ma porte de chambre claque bruyamment.
Rageuse, je prends un livre qui retombe la minute suivante sur mon lit. Je suis trop en colère pour lire. Notre jeune différent n'est pas la seule cause de mon état d'énervement. Après tout Georg a en parti raison, c'est peut être ce qui me frustre le plus. J'ai tout de même le sentiment de ne plus arriver à supporter quoi que ce soit. Les cours m'ennuient, les gens m'indiffèrent, mon frère m'étouffe, et mon combat me tu. Bien triste résumé de ma petite vie. J'inspire et expire profondément dans le but de m'apaiser, le résultat escomptait n'est pas au rendez vous. Qu'importe une bonne nuit de sommeil emportera tout ça, du moins je l'espère. Il n'en reste pas moins qu'elle n'effacera pas tout. Qui le pourrait? En étant devin j'aurais pu répondre ce jour là.
Quelques heures plus tard, après avoir avaler un fruit, je me couche vannée. En temps normal je reste tard, soit à discuter avec mon frère, soit devant la télé mais ce soir je n'en ai pas vraiment envie. Dans mon lit je tourne et vire, sans trouver pour autant une position qui me convienne. Les mêmes pensées me travaillent sans cesse et m'empêcheront sûrement de passer une nuit rêvée.
_____________________________________________Simultané-Pensées Analyn & Leah:
« En vérité, j'ai surtout besoin d'air. »
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Hello Everybody ♥-----
Nous y voilà, ce premier chapitre. Nous avons pris beaucoup de plaisir à l'écrire certes mais nous n'en sommes pas si satisfaites que ça :)
Mais qu'importe, la seule chose qui peut nous aider à éclaircir nos idées sont vos avis qu'on attends, pour ne pas vous le cacher, avec grande impatience.
Bon, pas très interressant ce chapitre c'est vrai, mais il faut bien vous plongez dans leur milieux de vie n_n
Pas d'inquiètude, dès les prochains, tout se complique, Haha x)
Merci de lire nos textes, vous ne savez pas à quel point cela nous fait plaisir.
Mais qu'importe, la seule chose qui peut nous aider à éclaircir nos idées sont vos avis qu'on attends, pour ne pas vous le cacher, avec grande impatience.
Bon, pas très interressant ce chapitre c'est vrai, mais il faut bien vous plongez dans leur milieux de vie n_n
Pas d'inquiètude, dès les prochains, tout se complique, Haha x)
Merci de lire nos textes, vous ne savez pas à quel point cela nous fait plaisir.
Mlle-X & Mlle-A
Bisous & Smile ♥
Bisous & Smile ♥
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